05 janvier 2012
A CHANGE IS GONNA COME
Une nouvelle année qui démarre. Deux ans ont passé.
C'est, pour tous, souvent, l'heure du bilan.
Et moi ? Qu'ai-je fais ? Que me reste-t-il à accomplir ? Quelle route dois-je emprunter pour arriver, enfin, à me sentir heureux ?
Je ne sais même plus où mes paroles se sont arrêtées. Je n'ai pas relu ce carnet depuis. Je me suis lancé dans un projet et me suis perdu en chemin. Tellement de fois.
J'ai lutté pour croire que ce que je vivais me rendait heureux. J'ai suivi sans réfléchir la route que suivait le plus grand nombre, convaincu d'être un membre actif de la masse, rassuré par la monotonie du quotidien. Et puis non. J'ai aimé, tellement. J'ai pris soin de mes deux enfants, jusqu'à en oublier de prendre soin de moi. Et j'ai craqué. J'ai senti cette violence en moi prendre le dessus. Je ne me suis pas reconnu. Je me suis caché derrière mes sourires. J'ai crié sur l'innocence. Je me suis blessé dans l'alcool.
Alors je suis parti. Il valait mieux. avant de faire vraiment mal, avant de commettre l'irréparable, envers ceux que j'aime. Et envers moi.
Je suis parti pour me calmer. Me retrouver. Voir de quelle manière et avec quel courage j'étais capable, seul, de prendre ma vie en main. Sans elle. Sans la suivre comme cet enfant soumis que je déteste davantage jour après jour. Etre assez fort pour dire non. Ne pas craindre que la Terre implose sous ce simple mot. Non.
Non, je ne veux pas vivre doucement. Non, je ne veux pas quitter Paris pour les enfants. Non, je ne veux pas m'enterrer vivant alors que tout reste à faire. Non, je ne veux pas d'une vie sage et sans histoire. Non, je ne veux pas abandonner mes rêves de voyages, au son de ma guitare, sous les sourires des gens, sous les applaudissements. Non, je ne veux pas me sentir enfermé par l'union et la famille.
J'en ai plus qu'assez de tricher sur ce qui palpite en moi. Je le sens, ce désir de vivre, d'aventure, de passion, de surprise. Une vie différente. Une vie qui me donnerait le sourire chaque matin. Une vie où je n'aurais pas le temps d'écrire ces lignes, trop occupé à aller ça et là, partager mes chansons, parler de ce coeur qui m'anime, rouler, écrire, chanter, rencontrer des gens.
Une vie loin de tout ce que Maman m'a montré. "Je ne veux pas laisser de trace" a-t-elle dit. Si souvent. Et si moi, je ne veux que ça, où puis-je trouver l'énergie, comment puis-je en ressentir ne serait-ce que le droit ? Je prends le droit de vivre comme bon me semble. avec ces longs moments de solitude, avec mes erreurs, mes doutes, mon compte en banque qui va et qui vient. Je pars. Je me retrouve seul dans un petit appartement sous les toits. Un cocon. Une niche. Chez moi.
Je m'y sens bien. C'est mon espace. C'est mon antre. Ma loi. Les enfants le comprennent. Elle le comprend aussi. Il aura fallu un peu de temps. Après la discorde, les mots qui font mal, le déballage, le combat. Elle est là. Encore. C'est mon amie, la meilleure. Mon amour. A tout jamais. Et je le fuis comme on fuit le danger. C'est comme si je sentais que la quitter est la plus grosse erreur de ma vie, et la condition à ma survie. A ce rêve que je suis depuis tant d'années. Malgré les échecs, la réalité, l'âge.
J'ai eu 36 ans il y a un mois. Seulement 36 ans. Et je me sens presque déjà comme un vieillard. Lassé, aigri de ne pas avoir vécu sa vie comme il l'espérait. Je me sens vide. Non pas d'idées, j'en fourmille ! Mais d'énergie. Parfois même d'envie. C'est comme si j'avais laissé tellement d'autres choses m'éloigner de ma route que revenir sur le bon chemin était impossible.
J'ai tellement peur. Peur de vivre pour de bon. Peur de lâcher prise auprès de mes proches et leur laisser porter le fardeau. Peur de ne pas être ce que je veux. Ce que j'espère. Un artiste reconnu, un homme bon, un mari fidèle, un père attentif.
Je travaille, dans mon nouveau chez moi, sur des projets qui m'éloignent de moi. C'est tellement plus simple, tellement moins risqué. Je fume jusqu'à m'en écoeurer. A croire que je cherche à détruire ma voix, ce don qui m'a été donné et qui m'a fait croire tant de merveille. Ce pour quoi les gens m'aimaient et me trouvaient bon. Ce qui me fait vivre aujourd'hui. Plus de voix, plus de projet, plus de doute. Une vie tranquille et discrète. Comme Maman le veut. Et des regrets jusqu'à ma mort.
Je fantasme ma vie, derrière un écran, imaginant des scènes, des scénographies, des chansons dans ma tête, sans prendre la peine, ou avec une telle difficulté, d'en coucher quelques notes sur bande. Hey ! Que crois-tu qu'il va se passer ? Crois-tu que le monde lit dans tes pensées ? Toujours ce boulet. Fais ! Agis !!! REVEILLE TOI !!! MAINTENANT !!!
Pourquoi alors as-tu quitter femme et enfants si ce n'est pour te reprendre en main ? Pourquoi restes-tu planté chez toi sans travailler, composer, répéter, travailler ta voix, ta guitare, faire ce pour quoi tu as tout sacrifié, jusqu'à ta propre famille ?!!...
Ou est-ce pour te cacher ? Mourir à petit feu parce que tu es trop lâche pour te saigner ou te bouger. Grossir, boire, fumer, t'endormir, pour toujours. Te faire oublier. Ne pas laisser de trace.
Quel gâchis. Quelle honte.
Ne sens-tu pas pourtant combien tu es bien lorsque tu y vas ? Combien ça te remplit, te fait vibrer ? Un remix, une date, des amis, et te voilà sur les rails. Tu travailles. Et tu travailles bien. Tu le sais malgré tes doutes. Tu composes pour les autres, tu te sens généreux, c'est bien mais, pour toi, que fais-tu ? Pourquoi n'oses-tu pas sortir de ton esprit ces mélodies, ces sons ? Pour les filles qui les chanteront, les gars qui les joueront, les amis qui n'attendent que ça et qui ne comprennent plus, pour l'audience.
Rappelle-toi ce soir. Ton premier concert. Peut-être le plus beau moment de toute ta vie. Ce n'est pas glorieux, très égoiste même, mais tu sais que c'est le plus beau jour de ta vie. Lorsque cet adolescent timide et introverti s'est transformé en bête de scène, sautant partout, libre comme le vent, fort comme jamais, beau, aimé et admiré. Ca t'a envahi. Tu étais enfin bien. Heureux. N'oublie jamais ce moment.
Deux ans.
Une chanson.
Des parasites.
Le vide.
J'ai déjà sommeil.



Commentaires
Très intime et touchant ton blog, très bien écrit et courageux de ta part.
Écrit par : sandra michel | 11 janvier 2012
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